(3/5) Système 1 Système 2 : l’excès de confiance en soi

(3/5) Système 1 Système 2 : l’excès de confiance en soi

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Salut tout le monde ! Ici Lucien ROY. Bienvenue sur cette nouvelle vidéo qui est la troisième sur le livre système 1 système 2. Si vous n’avez pas vu les deux premières, je vous conseille d’aller les voir d’abord. Vous comprendrez beaucoup mieux cette vidéo.

Aujourd’hui, nous allons évoquer l’excès de confiance en soi. Ça peut paraître un peu étrange au premier abord puis ce qu’on voit sans arrêt des vidéos et articles pour gagner de la confiance en soi pour mieux réussir nos vies. Cependant, nous allons voire que la confiance en soi a aussi des effets négatifs.

On a parfois l’illusion d’avoir compris des choses alors qu’il n’en est rien. Et quand on est expert dans un domaine, les choses se gâtent, la confiance en soi devient un défaut. Enfin nous verrons ce que nous apporte l’optimisme et bien sûr ses inconvénients. Attention, je ne vais pas vous dire qu’être pessimiste et ne pas avoir confiance en soi est la meilleure chose au monde pour vous. On va simplement nuancer le discours habituellement assez superficiel au sujet de ces deux états d’âme.

Commençons par :

Illusion de compréhension

Comme vous le savez maintenant si vous avez suivi les deux premières vidéos, notre système 1 adore la cohérence. C’est ce qui crée l’effet de halo, je vous en ai parlé dans la première vidéo de la série. Vous vous rappelez, c’est ce qui nous mène à attribuer beaucoup de qualité aux gens qu’on apprécie même sans rien savoir de leur attitude dans ce domaine précis. J’avais cité l’exemple de Michelle qui est sympathique et que vous considérez généreuse par la suite simplement pour que son image soit cohérente.

Le principe COVERA, ce qu’on voit et rien d’autre, également évoqué dans la première vidéo est présent lui aussi. Nous ignorons les informations que nous n’avons pas. En l’occurrence nous les remplaçons même par des suppositions qui créent un monde très cohérent.

C’est pour ça que souvent, on a l’impression de mieux comprendre les histoires qui comportent peu de détails. Notre système 1 se charge de les rendre cohérente.

Cette illusion de compréhension est particulièrement présente chez les fans de sport. Prenons l’exemple des fans de foot :

Quand deux équipes de foot se rencontrent et qu’elles ont le même nombre de victoires et des performances semblables sur la saison. Il est difficile de prévoir la victoire de l’une ou l’autre de ces équipes. Imaginons que l’une écrase l’autre. Vous entendrez surement des gens dire, “je le savais bien, il était évident que cette équipe allait gagner.”

Etrange non ?

On vient juste de dire que les équipes avaient des performances similaires. En fait ils ont reconstruit le passé en détectant les moindres signes qui montraient à tort ou à raison que l’équipe gagnante est plus forte.

Et si vous leurs dites qu’ils étaient pourtant convaincus 90 minutes avant de la supériorité de l’autre équipe, ils auront du mal à vous croire. Si vous êtes vous-mêmes supporter, pensez-y la prochaine fois que vous direz « je le savais ».

Continuons sur le sport avec

L’illusion de talent

Combien de fois par ans arrive-t-il que les favoris perdent ? Assez souvent a priori parce que les commentateurs parlent de la pression qu’on les favoris qui les font souvent perdre. Aux JO on entend souvent les journalistes se réjouir quand un français n’est pas favori : “ouf, il aura moins de pression”. Kahneman nous explique ce mécanisme de manière déroutante pour quiconque n’ayant pas connaissance du début du livre. En effet, il explique que selon lui, le succès est l’addition : talent + chance.

Ainsi, si un sportif a de bons résultats depuis le début de l’année, il est fort possible qu’il ait une chance supérieure à la moyenne cette saison-là. Donc une contre-performance ne serait pas due à la pression du favori mais simplement à un retour à la normale de la chance. Alors pourquoi les journalistes parlent-ils encore de cette pression des favoris alors qu’elle ne semble pas être la cause des contre-performances ?

L’explication donnée par Kahneman est la suivante : on veut de la cohérence. Encore vous allez me dire ! Et bien oui, la chance n’étant pas vraiment visible ni explicable, nos systèmes 1 préfèrent la rationalité du stress que tout le monde a déjà ressenti dans sa vie pour expliquer que les favoris puissent perdre.

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Après le sport, parlons des experts que j’avais évoqué en introduction

Illusion de l’expert

Quand on prend du recul vis-à-vis de l’histoire, on trouve toujours un sens à tout. Pourtant le hasard a un grand rôle dans l’histoire. Et si, l’ovule d’Hitler avait été fécondé par un autre spermatozoïde ? A travers cet exemple, on voit bien que le hasard de petites choses peut changer toute l’histoire. Mais ce hasard n’est pas pris en compte dans la majorité des analyses selon le principe COVERA ce qu’on voit et rien d’autre et l’habilité du système 1 à nous montrer des histoires cohérentes.

Parlons maintenant des experts : Tetlock a réalisé une étude en interrogeant 284 experts économiques et politiques à propos de la probabilité de certains évènements futurs.

Ils s’en sont extrêmement mal tirés, ils étaient incapables de mieux prédire le future que le hasard. Evidemment, tous n’étaient pas experts dans tous les domaines sur lesquels portaient les questions de Tetlock. La seule différence entre les experts et les non experts est que les experts sont beaucoup plus convaincus de leurs prédictions. De plus les experts les plus reconnus sont encore plus convaincu d’avoir raison alors qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres dans le domaine des prédictions.

Plusieurs conclusions sont à tirer :

1- Le fait que quelqu’un ai une grande confiance en ses prévision n’est certainement pas un signe de la justesse de celles-ci.

2- Et au final la question n’est pas de savoir si les experts sont bien formés, mais si le monde est prévisible. On a beau former les meilleurs experts possibles, si le monde est imprévisible ils ne pourront rien prédire de juste.

Restons un peu avec nos chers experts et voyons si nous devons préférer leurs intuitions ou des formules mathématiques :

Intuitions vs formules

Selon vous, qui est le plus fiable entre une intuition d’expert, sur la valeur futur d’un vin bordeaux par exemple et une formule mathématique ?

Après la partie sur l’illusion de l’expert, vous vous dites certainement que la formule est plus fiable malgré la quantité d’information plus faible prise en compte par celle-ci. Et bien un scientifique, Meehl vous donne raison. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cela. Tout d’abord, le système 1 est affecté par le contexte de la décision rappelez-vous des effets d’amorçage par exemple. Un expert peut donner un avis dans une situation et dire l’inverse le lendemain. La formule mathématique n’a pas ce problème. Avec les mêmes données de départ elle donne le même résultat.

Les experts de tous les domaines sont touchés. Donc les formules sont meilleures dans de nombreux domaines, même le milieu médical.

Je ne sais pas vous mais je ne sais pas si je suis prêt à confier mes diagnostiques médicaux à une formule mathématique. Je ne dois pas être le seul car Kahneman en parle juste après. C’est due selon Kahneman au fait qu’on préfère le naturel au synthétique.

En y pensant, si on me présente deux pommes aux valeurs nutritionnelles identiques et toutes deux aussi bonnes pour la santé. Mais que l’une est Naturelle alors que l’autre est industrielle. Je pencherai surement pour la pomme naturelle sans autre raison que la préférence pour le naturel. Et selon Meehl cette préférence pour le naturel s’accentue encore lorsque les décisions prises par l’algorithme ont des conséquences. C’est le cas dans le domaine médical.

L’application concrète la plus parlante que j’ai pu identifier est dans le choix d’une maison. Avant même de commencer vos recherches, écrivez sur un papier les 6 critères essentiels de votre future maison. Pour chacune, notez sur 5 ces différents critères et choisissez la maison la mieux notée.

Pourquoi cette méthode de décision est meilleure ?

Elle vous protège partiellement de l’effet de halo. Il se pourrait qu’en voyant une maison magnifique vous vouliez l’acheter alors même que vous ne connaissez pas ses caractéristiques fondamentales. En remarquant les nombreux défauts de la maison par la suite vous serez tenté de les ignorer. C’est l’effet de halo.

Cette méthode vous évite ainsi de laisser une trop grande part à votre jugement intuitif qui on l’a vu est facilement influençable.

Après les experts et les sportifs olympiques, parlons de vous et moi :

La vision externe

Vous est-il déjà arrivé de vous lancer dans un projet en sachant par exemple que sa durée de réalisation moyenne est de 6 mois et le taux de réussite de 60% en vous disant que vous alliez le boucler en 2 mois avec une réussite assurée ? En effet au bout d’une ou deux semaines, vous vous êtes rendus compte que vous aviez réalisé 20% du projet. Tout semble aller comme sur des roulettes !

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A priori on est pas les seul a qui c’est déjà arrivé. Il suffit de regarder tous les chantiers publics qui mettent en général beaucoup plus de temps que le délai convenu au départ et qui finissent souvent par être beaucoup plus cher que le devis de départ. Il suffit de pense au fiasco des JO au brésil. Les stades ont été terminés avec retard et ont coûté beaucoup plus que prévu.

Pour parer à ce problème d’estimation, Kahneman n’a qu’un conseil. Il faut analyser des projets semblables. 1- en identifiant les problèmes récurrents dans ceux-ci auxquels on risque de faire face un jour ou l’autre. 2- en observant les durées des chantiers pour savoir approximativement a quoi nous en tenir pour notre projet qui a peu de chance de faire mieux que les autres.

Je vous l’avait promis, voyons maintenant le côté obscur de l’optimisme :

Biais d’optimisme

Selon Kahneman notre tendance à sous-estimer le temps d’un projet est due au biais d’optimisme. Cependant être optimiste est tout sauf un défaut. Cela vous permettra de voire le bon côté des choses en toutes circonstances, de surmonter les échecs. Et cela va même plus loin car les optimistes sont en meilleure santé et ont de grandes chances de vivre plus longtemps. Si vous n’en êtes pas convaincus, consultez la p309 du livre.

Kahneman ajoute même que les optimistes sont les entrepreneurs, les chefs politiques et militaires ou autre poste prestigieux.

Cependant être optimiste a aussi ses inconvénients. Parfois il est difficile de faire la différence entre persévérance et acharnement déraisonnable. Si vous êtes optimiste, gardez bien cela en tête. Par exemple quand un projet semble voué à l’échec, il semble déraisonnable de réinvestir dedans pour tenter de le sauver. Cependant, certaines réussites spectaculaires ont parfois lieu après être passé tout près de l’échec. Je pense ici à la première entreprise d’Olivier Roland en service informatique. Il a réinvesti plusieurs milliers de francs pour redresser son entreprise qui était au bord de la faillite et est maintenant entrepreneur à succès sur le Web.

Dans une situation pareille, il est difficile de faire le bon choix et il est impossible de tirer des lois générales des cas observés.

Après ce que nous savons de l’importance de la chance et du hasard, comment expliquer que tous les experts dans les médias sont extrêmement surs d’eux ? Tout simplement parce que le public fait plus confiance au gens surs d’eux.

Ca semble paradoxale pour nous qui savons maintenant que la confiance en soi n’est pas du tout un indicateur de fiabilité. Du coup si on considérait une société avec uniquement les meilleurs spécialistes dans les media, toujours prêts à remettre en cause leurs théories, ils seraient peu a peu remplacés par des spécialistes moins bon mais plus surs d’eux.

Cependant Gary Klein nous propose un remède à l’excès d’optimisme qui peut couter cher à certain. Sa technique est appelée le pre-mortem.

quand vous êtes sur le point de prendre une décision importante en groupe ou seul, posez la question suivante : “imaginez que nous ayons mis ce projet en place. Nous sommes dans 1 an et les résultats sont catastrophiques : décrivez le scenario qui nous a fait en arriver là.”

Cet exercice peut permettre d’identifier certains dangers jusqu’alors ignorés.

Kahneman averti que cet exercice est bon mais ne permet pas de contrer totalement les excès de confiance.

 

Voilà, nous en avons terminé avec les excès de confiance en soi. Nous avions commencé par parler du sport et de la pression des favoris qui semble en réalité inventée par les journalistes. Puis nous avons évoqué les experts qui bien souvent sont trop surs d’eux-mêmes. Enfin, nous avons vu pourquoi il faut parfois se méfier de l’optimisme.

Si cette vidéo vous à plus, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire. Je me ferai un plaisir de vous lire.

En attendant, je vous dit à dimanche prochain 17h pour l’avant dernière partie du livre. Nous parlerons des choix et nous verrons surtout comment faire les bons choix.

BYE

 

Consultez l’article précédent sur les grands biais cognitifs !

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